« Au milieu du chemin de notre vie, je me trouvais par une forêt obscure » Dante

A l’approche de mes 40 ans, s’est imposé à moi de marcher dans les pas d’Ulysse, cet homme mû par le désir du retour et par une insatiable curiosité qui le mène à des détours. Son errance le conduit au-delà du monde humain, jusqu’à celui des morts, avant de retrouver les siens. C’est tout autant lui-même qu’il découvre au bout du voyage : l’Odyssée est indissolublement quête et expérience de l’autre et de soi.

Refaire le voyage à l’identique est impossible : le monde d’Homère n’est plus. Mais l’on peut tenter de recueillir des correspondances dans la réalité présente.

« Ici tout est vrai, ici tout est fiction »  Lettre d’Aragon à Luis Hesse

  Tout débute dans la région de Naples, où se seraient déroulés trois épisodes clé de l’épopée.

Au centre de l’Odyssée, Ulysse doit se rendre aux Enfers pour connaître le chemin du retour. La tradition les situe entre le lac d’Averne, l’Antre de la Sybille et la Solfatara, cratère dont émanent des vapeurs de souffre semblables aux psuchés des morts qu’invoque Ulysse. Mais c’est dans Naples que je retrouve la foule des anonymes de l’Hadès, au cimetière des Fontanelle et à l’église Sainte Marie des Ames du Purgatoire, où des Napolitains viennent encore prier pour les morts et leur demander des faveurs. Naples, grouillante de vie, bouillonnante du sang du Vésuve qui la menace, est l’une des dernières villes d’Occident qui vive avec ses morts.

De l’autre côté de la baie, les guides touristiques assurent que Capri est l’île des Sirènes.  Mais le chant qui y résonne n’appelle qu’à consommer dans le luxueux centre ville.  Les hellénistes situent l’épisode dans l’archipel des Galli. L’abord en est interdit, comme dans l’épopée, mais pour une toute autre raison : l’ïle est la propriété d’un magnat de l’hôtellerie qui les loue 500.000 euros par mois.

Entre les deux, Nisida, l’une des situations possibles de la grotte du Cyclope, qui emprisonna Ulysse et ses compagnons et dévora plusieurs d’entre eux. Nisida abrite aujourd’hui une base militaire et une prison pour mineurs. Pauvre Cyclope emprisonné ou encaserné, à moins que ce ne soit lui le geôlier et son œil qui surveille tout., ou encore que le cyclope parti, on n’est rien trouvé de mieux à faire ici...

De retour à Paris, je fais deux découvertes.

Selon une tradition, les Sirènes sont des femmes-oiseaux. L’une d’elles, Parthénope, amoureuse d’Ulysse, ne supportant pas de le voir partir, se jette à la mer et se laisse dériver. Des pécheurs recueillent son corps sur une plage et l’enterrent. Ils fondent là une cité qu’ils nomment Parthénope La ville deviendra Neapolis, puis Napoli. En mourant, et passant par les Enfers, la Sirène a donné naissance à Naples

Puis j’apprends que dans la langue d’Homère il n’y a pas de mot pour bleu. L’adjectif qui plus tard désignera un bleu foncé renvoie dans l’Odyssée au monde de la Nuit - c’est-à-dire l’autre monde. S’impose alors de tirer les images des Enfers et des Sirènes en cyanotype, très ancien procédé photographique qui doit son nom à sa couleur bleue.

  A suivre...